dimanche 28 mai 2017

Bulle de savants

Je me souviens de ce post Facebook d’un des profs de notre département s’alarmant de l’absence de diversité dans les sujets de conversation à l’université. Il disait qu’il y avait une dimension culturelle dans le fait que les gens ne dévient que très rarement de leur sujet d’expertise à l’heure de la pause café. Il évoquait comment le statut de chercheur durant la Guerre Froide en temps qu’investi d’une mission par un gouvernement, et assorti d’un devoir de retenue concernant sa vie personnelle, aurait pu influencer la communauté entière. Autrement dit, la culture du secret d’hier aurait contribué au fait qu’aujourd’hui nous soyons pudiques à l’idée d’aborder, dans un contexte professionnel, des thèmes qui ne sont pas ceux sur lesquels portent notre recherche.

C’est peut être un facteur aggravant, mais je ne crois pas que cela soit la cause principale de cet état des lieux. Beaucoup de physiciens ont tendance à penser que rien ne peut égaler cet art. La physique, cette science fondamentale, celle qui gouverne toutes les autres, ils s’en réclament les disciples, comme s’ils étaient les gardiens des clés de la vérité. C'est un peu ridicule mais ce n’est pas franchement de leur faute: ils sont plutôt victimes de conditionnement idéologique. L’université est faite de telle sorte que ceux qui y passent trop de temps finissent par juger ceux qui en passent moins. Le système académique tend à récompenser les ascètes monophasés aux dépends de ceux qui butinent dans différents domaines.  Sous une telle domination, le simple fait que l’ont veuille adjoindre des valeurs humaines ou mercantiles à la discipline fait sourciller la majorité. Pourtant notre famille, nos opinions politiques, philosophiques, nos objectifs de vie, nos intérêts parallèles nous définissent tout autant que notre travail actuel. Le fait d’aborder ces thèmes dans un contexte professionnel ne devrait donc pas être vu comme une faiblesse mais d’avantage comme une démonstration d’épanouissement.

Mon plus gros challenge de ces dix dernières années a été d’apprendre à avoir confiance en moi. Lorsqu’on choisit le milieu de la recherche, le mot "challenge" est euphémique. Puisque nous travaillons à la limite des connaissances, nos résultas et donc nos performances sont constamment remis en question. Chaque étape de nos avancées est passée au crible par des experts. Je n’exagérerais presque pas en disant que chaque jour il faut se reconstruire un égo. C’est dans ce contexte relativement hostile que nous nous construisons en tant qu’individus. Nous sommes habitués à être corrigés et à nous corriger, ce qui finit par éroder notre confiance en nos capacités. C’est d’autant plus difficile que le milieu est extrêmement normatif pour des raisons historiques mais aussi et principalement parce que la communauté scientifique se pense dans le contexte d’une norme qui est celle que la société lui donne. En d’autres mots, le milieu est son propre cliché. Ce contexte global nous conduit à penser que nous sommes mesadaptés vis à vis du monde du travail, et que nous ne pouvons nous épanouir correctement qu’en nous cantonnant à la sphère académique.

Comment en est-on arrivé là? Il y a, à mon avis deux raisons principales. La première est que notre fierté mal placée nous empêche de nous vendre correctement à l’extérieur. Le rapport à l’argent est complexe. J’entend beaucoup de physiciens dire « Je ne fais pas de la physique pour le salaire, mais parce que c’est passionnant.» J’ai envie de leur dire qu’il est très possible de faire un travail passionnant tout en étant bien payé. La recherche fondamentale étant, comme son nom l’indique, totalement fondamentale, il serait logique qu’après dix ans d’études extrêmement difficiles, nous puissions prétendre à des salaires décents. Ce n’est pas pour autant que le fait de partir dans l’industrie doit être considéré comme un acte de trahison au profit du Grand Capital(!). La seconde raison est que nous sommes assez mal armés pour affronter le monde exterieur. L’université nous apprend très bien à nous défendre dans un milieu d’experts mais elle ne nous forme pas suffisamment sur les soft skills. Savoir communiquer sur son travail d’une manière qui le rende accessible au plus grand nombre, savoir être adéquat dans les interactions entre personnes, savoir maintenir un climat de travail positif dans un groupe, sont des qualités essentielles pour sa carrière et pour la vie en général. En travaillant dans une grande collaboration comme ATLAS, j’ai eu la chance de pouvoir faire de la recherche avec des personnes d’horizons très diverses. J’ai pris aussi l’initiative de m’impliquer dans des associations qui contribuent à rendre la science plus accescible. Mais je fais partie d’une minorité. La plupart de mes collègues ne ressentent pas le besoin de s’investir dans cette direction et autant dire que l’université ne leurs met pas le pied à l’étrier. Il m’est d’ailleurs arrivé de me faire reprocher de passer trop de temps à développer ces compétences aux dépends de ma recherche de thèse…Résultat des courses, à force de sous-estimer nos capacités et de refuser de nous adapter au reste du monde, nous donnons à voir une piètre image de nous-mêmes. Pas étonnant qu’il soit aussi difficile d’obtenir des financements et un salaire correct lorsque l’on parait si figé et sectaire.

Pourtant, ce qui se fait à l’université en terme de recherche, ne se fait nulle part ailleurs. Ici, nous n’avons pas de cahier des charges, ni de devoir de résultat. Nous travaillons comme pionniers, et nos découvertes, parfois fortuites, toujours au prix de nombreuses années de tatonnement et de dur labeur, sont celles qui forgeront le monde de demain. N’oublions pas ce que la société nous doit. N’oublions pas que si nos têtes sont tournées vers le ciel, nos pieds sont bel et bien encrés au sol.

samedi 8 octobre 2016

Morta Di Cazzo

https://www.youtube.com/watch?v=dArB8G_Y1kM

Alain Souchon il a vraiment la voix d'un prof de yoga. On s'attendrait presque à ce qu'il nous dise de décontracter notre périnée pour dilater nos chakras. Mais sans déconner cette chanson, ça vous détend, sans étirement. Même le Dalaï Lama il l'a sur son iPod (chinois). Peut être que c'est parce qu'il comprend pas les paroles.
Alain Souchon truly has the voice of a Yoga teacher. I wouldn't be surprised to hear him ask to relax my perineum to allow my chakra to open up. Joking aside, listening to that song once a day would probably allow people to save on whichever Ananda-Kundalina rip-off. I bet the Dalaï Lama has it on his (chinese) iPod. He probably does not understand the lyrics, that's why.


Il faut dire qu'à bien écouter, ça sonne un peu doux amer.  Ces dernières mois j'étais bloquée sur les premières phrases du refrain. C'est vrai que la vie ne vaut pas un yuan. Je me demande souvent qu'est ce qui est passé dans la tête de mes parents pour qu'ils désirent me la donner. Dans un monde pareil, aux auspices si nébuleuses, je ne suis pas certaine qu'à leur place j'aurais voulu donner la vie autrement que dans un désir égoïste de vouloir prolonger ma personne. Peut être c'était une démarche pour une démarche: un projet commun pour cimenter le couple. Beaucoup de gens font ça, en fin de compte. C'est vrai qu'après plusieurs années de vie commune, le liguant du couple n'est plus le romantisme. Le liguant c'est l'attention, la connivence, la sécurité et les projets qu'on fait ensemble.
I must admit the lyrics are slightly bittersweet. I think I focused too much on the first sentence during the last months: ' La vie ne vaut rien". True. Life does not worth a yuan. I often wonder what my parents were thinking when they decided to have a baby in this hostile and nebulous world. I wonder what I would have done in their place. Where they seeing this as a project? You know the kind of crazy projects lovers do, taken as a challenge, hoping it will consolidate the couple. After several years together, you cannot bank on romantism to keep it together. Carefulness, complicity, security and a shared vision of life are the cements.


Mes amis sont presque tous célibataires ou dans des relations embryonnaires, c'est peut être pour ça qu'ils ouvrent grand leurs yeux quand je leurs parle de mon bilan. Je crois qu'ils ne se rendent pas exactement compte de ce qui les attend. Ils croient que le brownie reste fondant à cœur ad vitam æternam. Mais il faudra qu'ils se rendent à l'évidence, quand il n'y a plus de brownie, on mange autre chose, et c'est pas la fin du monde. L'important c'est de partager la bouffe et d'éviter le brocoli.
Most of my friends are either single or in the infancy of a relationship, which explains the jawdropping and the big eyed faces I get when I talk about my experience. I don't think they have any idea of what is coming. They probably think the brownie stays soft forever. Well, they will have to realize that when  there is no more brownie, one cooks something else, and this is far from being the end of the world. We shall share the food, and for god sake, avoid the brocolis.

J'ai mis du temps à réaliser tout ça. Au début, je me disais: "Tu devrais te barrer. Tu ne vas pas te contenter des miettes. Tu perds ton temps." C'est vrai qu'on a eu des hauts et des bas. Enfin, surtout moi. C'est moi le rollercoaster. J'en avais déjà parlé avant quand j'ai écris cet article après mon école d'été. Il est difficile de ne pas remettre le contenu de son assiette en question, quand votre collègue/voisin/facteur vous cuisine un brownie alléchant sous le nez. Enfin je devrais arrêter avec ces métaphores culinaires à la noix. Tout le monde a capté que ça me gène d'en parler maintenant...
It took a while for me to even realize this. At the beginning, I was thinking: "I should just leave. No way I'll make do with the crumbs. I am loosing my time." Life is full of ups and downs. My life. I am the rollercoaster here. I talked about this already in this post I wrote after the Summer School in Germany. How could you not question the content of your plate when your neighbour/colleague/postman is ostentaciously cooking an attractive brownie just under your nose? Well, I should stop with this culinary metaphores. Now everyone is getting that I am not comfortable talking about this...


Gab et moi on a consommé tout ce qu'on a pu, et puis le doute s'est installé. Il s'est installé parce que Gab n'est pas un gars de projets. Ce n'est pas parce qu'il ne veut pas. Ce n'est juste pas lui. Il prend chaque jour comme ça vient, et bien bête serait celui ou celle qui le lui reprocherait. Tu ne peux simplement pas mettre un veto sur le carpe diem.  C'est le contraire de moi qui ai été élevée dans une famille où si tu n'as pas prévu ton menu de Noël pour 2027, tu as raté ta vie (j'exagère à peine). J'étais paniquée. Pas de projet! Mon doctorat à vaut l'eau qui me menace de me faire le coup du Costa Concordia à la moindre vague et surtout nulle terre à l'horizon.
Gab and I ate as much as we could, then doubt came. It came because Gabriel is not a man of projects. It's not a question of will. It's just not him. He is the kind of irritating person who lives one day after the other without planing anything. I wish I could be like him in this regard. I grew up in a family where, if you did not anticipate what is gonna be on the menu for Christmas 2027, you are considered as a failure (slightly exagerating here). So I freaked out. The fact that my PhD looked more and more like a remake of the Costa Concordia tragedy was not improving the situation. That and the uncomfortable dread of seeing no known lands on the horizon.

Et puis il y a le fait que l'amour qu'on vit n'a pas du tout le goût que je m'étais imaginé. Dans mon menu à moi, les fruits de la passion étaient toujours de saison et il y avait toujours quelques saveurs exotiques à découvrir. Mille milliards de mille sabords, aurais-je été trompée?! Non. Ce n'est qu'une projection idéalisée de la société: "Il vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants (parce qu'elle avait fait une fécondation in vitro)". La vérité c'est que si tu veux une relation qui dure, il va falloir travailler. L'amour c'est une épreuve de dégustation. Goutter sans cesse au même vin pour en saisir tous les arômes, être surpris par des saveurs insoupçonnées, se laisser envelopper par le corps rassurant du breuvage.
Then, there is this thing that the love we are living has not the taste I imagined it would. In my fantasy menu of love, passion fruits are always on season and there are new flavours to discover every day. Billions of Blue Blistering Barnacles! I think I have been screwed.... Well. No.  Society is projecting to us idealistic views sometimes. You know that "They lived happily ever after" thing. Truth is,  who's seeking for a long lasting relationship, will have to sweat sometimes. Love is more like a whisky tasting experience. You try the same cru over and over until you think you embraced all the relish, but then you discover some new unexpected flavour. This requires a well trained palate.

Le Dalaï Lama et Alain Souchon, ils ont en commun qu'ils ont la même philosophie de vie. Ce qui compte c'est les petits plaisirs partagés. Les jolis petits seins, l'oenologie, les promenades aux bords du canal. La grande passion c'est ce qui motive Francis Cabrel et Andrea Bocelli, mais ça ne dure que le temps que ça dure. C'est contradictoire cette société qui projette une image du couple parfaitement solide et épanoui sur tous les plans, et qui en même temps, fait l'apologie de l'individualisme et de la réussite personnelle. On ne gagne rien à être Morta Di Cazzo. L'amour romantique c'est un truc égoïste. On ne voit la personne que comme un nous parfait. On se fait intoxiquer par la sérotonine. C'est pour ça qu'autant de personnes trompent leur conjoint. Il n'y a plus de philosophie. Il n'y a que de l'envie primaire. Je dis pas qu'il faut à tout prix éviter cette forme d'amour primitif. Bien au contraire: l'intoxication amoureuse c'est une sentiment fantastique et tellement puissant. Je préviens juste de la redescente. On a beau avoir l'impression qu'on vit les plus beaux moments, on se trompe. Les plus beaux moments sont ceux que l'on construit avec l'autre à l'aune de nos compétences et par delà nos limites. Les plus beaux moments sont ceux qui ne nous paraissent jamais acquis. Dans ces moments là, rien ne vaut la vie.
The Dalaï Lama and Alain Souchon have at least in common a similar leitmotiv. Simple shared happy times are what matters, would it be handling the nice small breasts of your friend in your two hands (like in Souchon's song), or sipping whisky together in a cave, or maybe just going out for a walk at the canal. The grandiloquent passion is a drive, but it's short-lived. What's left afterwards is what will determine if you will be happy or not, and this is all about sharing. I don't get why society is always promoting individualism and personal accomplishment as the key goal towards happiness. There is no way you can accomplish something without cooperation and support from others. Love is the same. There is nothing to gain from being Morta Di Cazzo (or Morto Di Fica). Romantic love is very narcissistic. You see a better self in the person you are in love with. There is no intent of sharing anything there. The brain runs on serotonin. Just primary instincts. I am not saying this should be avoided. Being madly in love with someone is probably one of the best things humans are given to experience, but I think we should warn about the way things cool down. You may think you are having the best times of your life, but you are wrong. The best times are the ones you build with the other, both knowing (and even sometimes overcoming) your limits. The best moments are the ones we earned.  There is nothing worth than life in those moments.


http://www.telerama.fr/monde/sexe-mensonge-et-ideaux-le-dalai-lama-vous-dit-tout-en-vingt-minutes,147802.php


mercredi 17 août 2016

La Tyrannie Textile

Un peu par hasard aujourd'hui je suis tombée sur une rediffusion d'une émission à la Antoine de Maximi, où deux types (plutôt gâtés par la nature, ne nous voilons surtout pas la face) prennent la route ensemble pour sillonner le monde dans le plus simple appareil et avec aucun sous en poche, puisque, de facto, dépourvus de pantalon. Armés que de leur aplomb souriant, ils s'en vont, hardis petits, chercher le gîte, le couvert (et, parfois, les couvertures) auprès de quelques âmes hospitalières, sillonnant à coup de pouce, les routes d'Europe de la Sardaigne à l'Islande.

Au détour d'une interview, l'un des deux mentionnait: "Au final, la nudité ça passe en second plan. Ce qui compte c'est la façon dont tu dis bonjour aux gens. Un bonjour bien d'aplomb suffit à leur faire oublier que t'es tout nu." Pour pouvoir se mettre tout nu, il faut d'abord accepter de se présenter dans une forme de vulnérabilité. Mais, à bien y réfléchir, il me semble que cette vulnérabilité est bien peu de choses face aux innombrables vulnérabilités du genre humain, que l'on nous somme de dissimuler à chaque instant.

On ne peut vivre une minute dans ce monde sans sentir les effets du diktat du conformisme. Impossible de s'en protéger, l'injonction du paraître et de la représentation est partout: placardée sur les murs, sur nos écrans, résonnant jusque dans nos écouteurs. Elle nous ronge le cerveau et nous pénètre le cœur. Une société qui passe plus de temps à s'observer qu'à se construire est une société malade. "Quelle photo poster qui me présentera sous mon plus beau jour? Celle du bikini? Où celle sur la moto?"  "T'as 1300 amis sur Facebook, you rock!" "5 tips pour faire de vous une star du porn". Lorsque l'on passe plus de temps à dissimuler ses vulnérabilités qu'à essayer de les accepter (et éventuellement de les soigner), c'est franchement dur dur de s'épanouir en tant qu'être humain.

Pas plus tard qu'hier, j'écoutais le podcast de "Ça va pas la tête", l'émission psycho de France Inter. J'aime bien ce programme même si parfois ça vire un peu trop en meeting d'intellos philosophes coincés. L'émission portait sur la question de la virilité. Le sexologue racontait qu'en 15 ans, le nombre de consultations masculines en lien avec la performance sexuelle avait bondit. Pourtant, tout le monde sait que ce n'est pas la performance qui compte mais les sentiments qui se dégagent d'une relation. Tout le monde sait que ce ne sont pas les 8000 followers que vous avez sur Twitter qui font de vous un être divin. Tout le monde sait qu'un selfie en terrasse n'est qu'une pâle représentation d'un moment unique passé entre copains. Alors pourquoi continue-t-on corps et âme à œuvrer pour faire croire au monde que l'habit fait encore le moine?

Il fait beau à Montréal. Il fait même plutôt chaud. On aurait simplement envie de les foutre loin nos habits. De leur montrer à tous, que le moine, il vaut son pesant de cacahuètes (façon de parler) avec ou sans soutane. On aurait envie de se délester de toute cette auto-censure, pour mieux sentir la vie glisser sur nous, comme l'eau fraîche du lac sur nos petites fesses douces. Cela mériterait sans doute une petite révolution, rien que pour le plaisir de se jeter à l'eau, sans protection, nus comme les vers que nous sommes.

mercredi 10 août 2016

Mange ta soupe, ça fait grandir

Hier soir, au lieu d'aller me coucher comme un être humain censé l'aurait fait aux heures avoisinant la mi-nuit, j'ai voulu lancé un dernier "run" pour vérifier que le code sur lequel je travaille depuis grosso modo un mois, et qui m'a d'ailleurs donné une belle bobine de fil à retordre, fonctionnait comme convenu.
Last night, instead of going to bed like a normal person would do when approaching midnight, I decided to run one last job to check that the code I have been working/struggling on since last month, was doing what it's supposed to do. I already tested it before but wanted to run on the full sample. Noone is too perfectionist.

Le but était de pouvoir le partager en ligne avec les autres membres de mon groupe, ce qui, soit dit en passant, aurait dû être fait voilà deux semaines. Ma lenteur pachydermique en terme de débogage étant ce qu'elle est, j'étais déjà passablement à l'arrache vis à vis des échéances fixées.
The objective was to share it on git with my other teammates (whose patience and kindness must be aknowledged here), which should have been done two weeks ago already. But I was late unsurprisingly, my progression in debugging always being quite pachydermic.

Dans mon infinie débilité, j'ai copié-collé un mauvais chemin d'accès dans mon code, ajoutant par mégarde un espace là où il n'y avait pas lieu d'en avoir un. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'ai découvert que cette coquille avait entrainé l'effacement irréversible de tout le contenu du dossier sur lequel je travaillais ce dernier mois. 
I moronically copy-pasted the wrong access path in my submission code.  I just added an extra space where there shouln't be any. I had a terrible surprise when I discovered that my mistake caused the folder containing all my work from the past month to be erased permanently.

Il n'y a rien de plus frustrant que de travailler sur un truc pendant plusieurs semaines et de s'auto-saboter à la dernière minute. Il n'y a rien de plus écœurant que de constater que ce sabotage ne tient qu'à un petit détail insignifiant. Un espace. Un fucking espace.
Nothing is more frustating than you working on something for several weeks, auto-sabotaging your own work at the very last minute. What makes me sick is that it sometimes stems from some very insignificant detail, like a space in a piece of code. A fucking space.

J'ai souvent l'impression que ce genre de trucs m'arrivent plus qu'aux autres. Quand j'en parle, on me dit que je me fais des idées et que la densité de poisse est une variable relativement bien répartie au sein des universitaires. On a beau me le dire et me le redire, je suis toujours hantée par le sentiment d'être maudite dans le boulot. Je peux pas m'empêcher de penser que c'est parce que je ne suis pas à ma place. Quoi que je fasse, c'est toujours l'imposture. C'est un syndrome bien connu des étudiants au PhD que le celui de l'imposteur. Lorsqu'on met un nom sur des symptômes cela relativise, mais ça ne vous cure pas vraiment.
I  am often considering I am rather unlucky at work compared to others. When I dare to say it, my colleagues are laughing at me: according to them, the density of shit-happening is a pretty well distributed variable among students. Even if they are right, I am still haunted by this feeling of being cursed at work. I can't stop thinking the problem comes from me, because I am not where I should be. No matter what I do, I always feel uncomfortable. The impostor syndrom is a common plague among PhD students. Yet, it's not because you put a name on it, that you actually cure the disease.

Peut être que je devrais m'en aller quérir ma bonne étoile ailleurs. J'ai beau scruter le ciel, je ne vois pas vraiment de voix toute tracée. Je n'aime pas vraiment les voix toutes tracées de toutes manières. On peut être curieux de la physique à 15 ans, commencer un carrière d'acteur à 25, puis faire de la politique pendant une vingtaine d'années et renouer avec ses amours de jeunesses à 50. Y'a qu'à voir Justin Trudeau. Tout est permis. Je ne crois pas qu'on soit fait ou non pour un(e) job, pour une vie. Mais il faut quand même maintenir de la cohérence dans ce qu'on fait et se servir de son expérience.
Maybe I should get out of here and have faith my luck will old under other conditions. But I don't feel like any easy conditions would fit anyway. I don't believe in monolitic carriers. You can be keen on physics at 15, blooming as an actor at 25,  super involved in politics for 20 years and going back to your first love at 50. It's still a valid curriculum: just look at Justin Trudeau. I don't think anybody is made for a single job for life.  Some individual may be good at doing different things at different stages in their life. What's important is how you articulate your experiences in giving a sense to the whole.

Il y a un précepte auquel je me raccroche toujours. J'ai toujours fait ça dans ma vie et je crois que c'est gagnant pour qui est capable de l'appliquer et l'endurer: ce que tu commences, tu le finis. Si tu commences un tableau, tu le finis. Un tableau inachevé ça prend de la place et de la poussière pour rien. Tu le finis. Que ce soit une croûte ou un chef d’œuvre, ça a pas d’importance. Une fois terminé, tu peux te l'enlever de la tête et l'accrocher au mur éventuellement. Dans tes chiottes si ça te dit. Si tu commences un doctorat, c'est pareil. Il faut le finir, et tu auras plaisir à regarder ton diplôme suspendu au mur chaque fois que tu vas là où le roi va seul. Je peux pas vraiment prétendre que je m'éclate dans ce que je fais maintenant, mais c'est certainement pas un petit espace qui va m'empêcher de graduer, ça non. Ça prendra le temps que ça prendra mais je vaincrai. Et puis ensuite, à moi les grands espaces!
There is a kind of "precept" I have been relying on my whole life. I think it's a winning guideline provided one is able to put it up: once you started something, you have to finish it. Let say you start a painting. Then you have to finish it. An uncomplete piece is taking space and gathers dust. No matter if it's a daub or a perfect masterpiece, it's done. Finish. Over. You can hang it on the wall, let say your washroom wall (if you are not so proud of it), and remove this from your thoughts. If you start a PhD, it's exactly the same thing. You have to complete it, and then, hopefully, eventually, you are gonna be proud of your diploma hanging over the toilets. I can't really pretend I am happy with what I am doing, but I am sure about one thing: I am not gonna give up because of a stupid space in a piece of code. And when I will be done with all this, then, it will be up to me to conquer other spaces.
 

lundi 8 août 2016

Apologie des fantasmes

"Malheur à qui n'a plus rien à désirer! Il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère, et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux. En effet, l'homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu'il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion.[...] Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d'être habité et tel est le néant des choses humaines, qu'hors l'Être existant par lui-même, il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas."
Jean-Jacques Rousseau - Extrait de La Nouvelle Héloïse, VIII, 1761

Nous étions assises toutes les trois ce soir là dans la cuisine pour une de nos désormais régulières soirées peinture. Je leurs racontais mes troubles du moment. Elles m'écoutaient tout en touillant leurs pinceaux dans les gobelets en plastique. L'une d'entre elle prenait la parole. On riait bien. On riait aussi souvent un peu jaune. C'était un peu comme une séance d'art-thérapie et la cuisine faisait office d'institution spécialisée.

Il fallait attendre que ça sèche. Je leur parlais de ma vie. A quel point c'est un peu comme un esquisse de Picasso pas finie: pas de couleur, pas vraiment de forme, mais l'espoir quand même que ça puisse devenir autre chose qu'une croûte. Je leur disais comment notre chemin à Gabriel et à moi était bien tracé comme une parfaite ligne de perspective, et comment moi je n'aimais pas ça, trop "addicte" de la perfection de l'imperfection.

J'en suis venue à me demander pourquoi je n'étais jamais totalement contente de l'état de ma vie. L'insatisfaction c'est un peu ma fréquence fondamentale. Ça fait partie du personnage. Si j'étais la plénitude incarnée, j'irais surement boire des bières et me faire griller des saucisses au lieu d'aller écrire des poèmes au bord du canal Lachine. Mais je ne m'y connais pas en bbq. Faut croire que c'est un truc d'artistes. Les artistes vivent dans le fantasme constant. C'est leur façon d'endurer la vie: en y mettant des couleurs, en arrondissant les angles, en imaginant les mots pour décrire leur réalité augmentée.

Il y a quelque chose dans le fait de faire une toile qui se rapproche de chanter ou avoir un orgasme: une espèce de sentiment libérateur, comme si le temps ne filait plus, comme si tout le reste était mis entre parenthèses. C'est pour donner un peu de réalité à notre imaginaire, en fait. Ça fait vraiment du bien. Il y a ceux qui font le monde de leurs petite mains, et ceux qui en bâtissent l'architecture dans un coin de leur tête. Les deux se complètent, mais trop souvent le second à la tête pleine de fantasmes et trébuche sur ses désillusions.  Condamné à être ultimement déçu.

Alors oui les artistes ne seront jamais heureux dans la réalité. Ils sont heureux quelque part dans leurs tête là où personne ne les fait chier sur le choix de la perspective et des couleurs. Ils n'ont pas vraiment besoin d'être heureux. Ils ont besoin qu'on croit en eux, parce qu'ils sont essentiels.

"Elle pense qu'il va dire: je t'aime.
Mais non.
Il murmure une phrase importante.
Une phrase à laquelle elle pensera sans cesse.
Qui sera l'essence de son obsession.

Puisses-tu ne jamais oublier que je crois en toi."

David Foenkinos, Charlotte




jeudi 21 juillet 2016

Ben et Cynthia

J'ai écris ce poème pour le mariage de deux amis ce week-end. Je le partage ici pour ceux qui l'ont manqué.

Ça s’appelle Les funambules

Ils dansaient tous deux sur le fil
Aux lèvres de l’autre suspendus
Comme si le temps qui défile
À leurs poignets ne tiquait plus.

Il dansaient tous deux enlacés
Pour écrire en chemin leurs noms
En grandes lettres entrelacées
Main dans la main à l’horizon.

Il dansaient pour qu’on n’oublie pas
Éclatante de joie la clameur
Triomphant battements de leurs cœurs
Entrainant chacun de leurs pas.

Ils dansaient dans la nuit sans bruit
Car ce soir ils s’étaient unis.


dimanche 17 juillet 2016

Das Reich der Würste

(English follows) 

S., ma copine de conf, avait l'air de se demander ce que je pouvais bien faire pour leur plaire et elle en rigolait gentiment. Je suis clairement pas une bombasse. J'ai pas vraiment le droit ni le temps de détester mon corps, mais je peux pas vraiment mettre mon 80A ou ma face de demi-lune en gras dans mon CV. Alors faut bien meubler avec d'autres trucs.

A défaut d'attributs physique majeurs, je m'en sors pas si mal au paragraphe des compétences. Faut croire qu'une petite marrante comme moi, avec son franc parlé et sa maladresse de première de classe, c'est suffisamment exotique. Les physiciens sont amoureux des anomalies. Mais bon à la longue on en a un peu ras le bol d'être la cible en ligne de mire pour la prochaine collision. Il y a quand même un truc qui, en général, dégomme le paramètre d'impact: quand tu leurs dit que t'on cœur est déjà pris. En général, là, ils dumpent le beam: les physiciens sont attachés à leurs principes (pas comme ces beaux parleurs des écoles de commerce qui ne pensent qu'au profit immédiat). Encore que, l'excuse du petit ami ne marche pas à tout les coups. En partie à cause du fait que beaucoup de filles l'emploient comme joker et que, si t'apportes pas preuve de l'existence de l'heureux élu à 5 sigmas, tu seras clairement pas prise au sérieux. C'est aussi parce que le physicien célibataire qui approche la trentaine est aussi pugnace que son désespoir lui permet de l'être:  l'obstination c'est sa première qualité professionnelle.

Tout ça pour dire qu'une fille se fait offrir plus de verres dans une école d'été de physique qu'une prostituée à l'anniversaire de Tyrion Lannister. En général on s'éclate bien, mais après le 3eme Sex on the Beach, on commence à sentir l'arrière goût d'hypocrisie.

La pauvre S. avait presque les larmes aux yeux en allant prendre son bus. Pas facile de se faire des amis aux royaumes des saucisses. C'est sûr que lorsque la moitié de tes collègues te paient des verres pour des raisons frauduleuses, et que t'as personne pour bitcher de leur manque cruel d'humanité, c'est triste. De temps en temps t'en rencontre un ou deux qui font pas ça et c'est réconfortant. Tu te dis que ça pourrait peut être devenir tes amis. Mais la section efficace est plutôt négligeable dans ce secteur, et fatalement ces golden boys n'interagissent que faiblement. On se prend à espérer voir des hommes allant au delà du Modèle Standard...



English version

My conf mate S. was quietly laughing at me: maybe she wondered what I did to them. I am clearly not a stunner, although I neither have the right nor the time to hate my body, I can’t possibly put my 80B or my half-moon face on my CV. It has to be something else.

If not the physical attributes, let it be the skills. I guess I am doing pretty well on this paragraph. A small funny girl like me, speaking out and clumsy like a teacher's pet, it must be exotic enough. As far as I can tell physicists do love anomalies. Truth is, you start getting fed up with being the target for the next collision. One of the ways to knock out the impact parameter is telling them that your are already taken. In general, they immediately dump the beam: physicists care about principles (not like those guys from economic schools who are obsessed with instantaneous profit). But this trick is not always working. Partly because some girls are too often playing it as a joker which means we have now to prove the existence of the beloved one up to 5 sigmas to be taken seriously. Second reason is: most physicists approaching their thirties are as pugnacious as they are desperate, obstination being their first quality at work.


Long story short: a girl can expect to get more free drinks in a party at a Physics summer school, than a prostitute would at Tyrion Lannister’s birthday. She would have a lot of fun, but after the third Sex on the Beach, she may taste a bit of hypocrisy on the tip of her tongue.


S. was almost sobbing when she went for her bus to the airport. It’s not easy to make friends in the sausages realm. When half of your colleagues are buying you drinks for mischievous  reasons, it’s though not to have anybody to trash with about their lack of humanity. Once in a while, you meet one who is different and it’s heartwarming. You start hoping he could be a friend. But the cross-section is rather low in this sector and these golden boys are often weakly interacting. Mother nature is sometimes not helping to go beyond the Standard Model of men.

samedi 30 avril 2016

Life Explained in 27 Seconds

Par le très bon Casey Neistat

Nettoyages de printemps

"Established." On nous avait demandé de nous ramener à un de ces 5@7/meet-and-greet/think-tank/campus grind et d'écrire sur des post-its un adjectif pour décrire notre université telle que nous la percevons aujourd'hui. Mon pote Yony avait écrit "established" sur le papier rose et l'avait collé bien en évidence sur le petit chartboard installé dans un coin de la salle de billard du Faculty Club.
Je ne sais pas vraiment comment traduire "established" mais c'est dans le contexte que ça prenait tout son sens. On était là, bien sages avec nos demi-pintes, au milieu de cette cohorte d'étudiants engagés, sous cette verrière art-déco austère, ne sachant trop comment nous rendre utiles. Les gens qui nous avaient invité comptaient apparemment sur la relève, telle qu'on appelle ici la jeunesse savante, pour leur donner des idées. Je crois qu'ils cherchaient surtout à se donner du courage. Du courage pour affronter, justement, cet "establishment" qui sclérose l'université depuis des années.

Je ne suis pas du tout qualifiée pour écrire une critique sur la façon dont McGill est gérée, mais je crois que je ne m'en sortirais pas sans expliquer au moins les motifs de ma révolte. La seule force qui maintient l'école à flot, c'est la force d'action et de perséverance des étudiants et des professeurs. L'université vit absolument sur sa renommée et parvient encore à intégrer d'excellents académiciens ce qui fait que, globalement, la recherche qui y est faite est de bonne qualité. Il faut dire aussi que les étudiants qu'on y croise n'y sont pas des plus idiots. L'infrastructure, cependant, est abominable. La charpente est pourrie à coeur et partout: la gestion administrative, les bâtiments, la communication etc. Qui sont les responsables de cette gestion pitoyable?  À quel point la négligence des gouvernements a profité aux profiteurs? Il est bien difficile d'y voir clair dans les nimbes de la stratosphère, mais l'impact sur la qualité de vie des étudiants et du corps enseignant en général, lui, est bel et bien visible. La rébellion n'est pourtant pas au menu de la communauté McGilloise qui, il faut bien l'avouer, se complait un peu trop dans le cynisme au lieu d'initier le changement. Il n'empêche que rien ne peut être ignoré et je jurerais, au détour d'un couloir, avoir entendu la voix sifflante du serpent Nagini me siffler ce vilain mot là: "mafiaaaaa..."

McGill est comme une grosse boîte en verre dont on ne pourrait voir l'interieur tant elle est couverte d'une couche de poussière opaque. Il y a ceux qui sont pour la transparence par le grand nettoyage, et il y a tous les autres qui leur mettent des bâtons dans les roues parce qu'ils ne tiennent pas à exposer leurs privilèges au grand jour. J'imagine que c'est l'apanage de ces vieilles universités que de devoir faire avec son lot de conservateurs qui veillent au maintien de l'immobilisme. Bien souvent ils gagnent. Ils gagnent parce que l'administration est complexe par design, parce que les étudiants et les profs ont d'autres chats à fouetter que de dénoncer des absurdités, ils gagnent parce que le monde ignore qu'il est possible de faire mieux et parce que ceux qui sont prêts à mettre l'énergie nécessaire pour penser en dehors de la boîte ou donner un coup de shotgun dans la belle verrière (art-déco) sont finalement assez peu nombreux. Alors cette tentative de dialoguer avec les étudiants pour essayer de faire avancer les choses, quand bien même prenne-t-elle la forme d'un hypocrite 5@7/meet-and-greet/think-tank/campus grind, méritait bien qu'on boive une demi-pinte.

Dans l'équipe des grands nettoyeurs, on trouve des gens qui font des études intéressantes sur les catalyseurs de créativité. L'un d'entre eux nous a prouvé ex cathedra comment le fait d'imposer un élèment perturbateur dans une situation donnée force les gens à réfléchir différemment, donc de façon créative, pour intégrer cet élèment. Démonstration par l'exemple: il nous a donné pour cosnigne d'écrire un poème d'amour en cinq minutes. Evidemment, tout le monde suait et faisait la gueule après le deuxième vers. Puis dans un second temps, il nous a demandé de reprendre nos crayons pour écrire un autre poème en y intégrant, cette fois ci,  le mot "camion". Là les gens se sont mis à rire, puis après quelques instants de reflection, ils se sont mis à grâter leur feuille comme saisis par un torrent d'idées. Ça ma frappé parce que je me suis dit qu'en fait c'était  plutôt une belle métaphore de la vie. Il y a ceux qui ne voudrons jamais intégrer le camion et qui se font rouler dessus, et il y a ceux qui font avec, puisque de toute façon, on n'a beau détester le bruit du moteur, ça va pas nous empêcher de vivre!

Et puis, il y a les conducteurs de camions, c'est à dire ceux qui, quoiqu'ils fassent, se sentirons toujours comme des élèments perturbateurs. Est ce que c'est une fin en soit que d'être un conducteur de camion? Je sais pas, mais il faudra en rediscuter parce que je crois que je me suis faite flashée.


jeudi 21 avril 2016

Portez-vous mal, Sascha! - Partie 1

C'est la première partie de la nouvelle... la suite prochainement.

Dans le silence des steppes sablonneuses retentit le refrain d’une paisible chanson russe. On entend aussi des chants de l’Orient, mélancoliques ; on entend le pas des chevaux et des chameaux qui s’approchent. 

Une caravane, escortée par des soldats russes, traverse l’immensité du désert. Elle poursuit sans crainte son long voyage, s’abandonnant avec confiance à la garde de la force guerrière. Elle va plus loin, toujours. Les chants des Russes et ceux des indigènes se confondent.

En s’éloignant, peu à peu il s'affaiblissent et finissent par se perdre dans le lointain désert.


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3 mars 1876, 7h39. Alexandre tressauta au contact de ses pieds nus sur le carrelage glacé de son cabinet. Il s'en alla vers la fenêtre mais ne pu l'entrouvrir que de quelques centimètres. Le vent s'était levé durant la nuit et avait soufflé la neige contre le carreau. Il sentit son souffle piquant s'engouffrer. Il s’appesantit un instant devant la beauté des quais, contemplant le reflet du palais Nabokov s'embrasant dans la lumière matinale. Puis, frissonnant, il s'approcha du grand miroir, se saisit de ses petits ciseaux argentés et, avec grande application, ôta de sa moustache les quelques poils à qui la nuit avait insufflé quelques espoirs révolutionnaires.

Il enfila sa robe de soie et descendit au rez. Katia était installée dans le salon et répétait une de ses compositions. Une tasse de thé fumante l'attendait posée sur le piano. "C'est un grand jour pour toi mon Sascha!" Alexandre leva les yeux au ciel. Il voulu s'asseoir dans son grand fauteuil mais se ravisa. "Bon sang Ekatarina, n'es-tu donc pas capable de ranger tes instruments à leur place?!" Katia somma un domestique de débarrasser les becs à flutes abandonnés sur le fauteuil du maître. "Tu as bien mauvaise mine, monsieur Borodine! N'as-tu pu trouver le sommeil cette nuit?" Alexandre fronça les sourcils et marmonna trois mots qui s’évanouirent dans sa moustache. Puis, il s'installa à son secrétaire, sorti plume et papier et se mit à l'ouvrage.

"Monsieur le président de l'Académie Royale des Sciences, Messieurs les ministres, Mes très chers confrères..."

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"... et consœurs, ..."
Au troisième rang, une grosse dame en robe rouge gloussait. Son rire asthmatique semblait pour le moins déranger l'assistance. Borodine leva le nez et, dans un geste subtile, réajusta les pointes de ses moustaches. Son regard parcouru la salle comble, puis il demanda: "Qu'ai je pu dire de si comique, qui vaille que vous nous tombiez en syncope, Helena?"
La dame dont les joues joufflues avaient bientôt pris la même teinte que sa robe, répondit dans un sifflement: "Il y a là, professeur, qu'à ma connaissance, les demoiselles ne sont pas admisses à l'académie des Sciences, et qu'il m'est bien difficile d'envisager à qui vous faites référence ici".
Suivit  dans la salle une envolée de ricanements qui ne manqua pas d'exaspérer Katia. Assise au premier rang, cette dernière n'avait cessé depuis le début du discours de se tortiller dans son fauteuil comme une condamnée attendant le moment fatidique de son électrocution. "Tu l'avais pourtant bien travaillé ton discours! Tu y avais mis du coeur à l'ouvrage!" pensait-elle.  Il l'avait même scandé haut et fort pas plus tard que ce matin, en robe de soie, dans le salon comme il lui arrivait parfois de le faire lorsqu'il préparait ses lectures.  Pourtant, il n'avait pas fallu cinq minutes à cette grosse vache d' Helena Bokova pour tout gâcher, et voilà que l'assistance, soudainement sortie de sa torpeur, félicitait son intervention par autant de rires etouffés et de toussotements factices.
Borodine avala une bouffée d'air chaud et repris: "Il me plaît à croire que les talents de la gente féminine s'exprimeront un jour sur les bancs de mon école. Et puisque cette soirée n'est rien de moins qu'une célébration du talent immense de notre nation, je vous demande d'accueillir Mesdames, Messieurs, mon cher ami le bien nommé Modeste Moussorgsky!"



mercredi 11 mars 2015

Peppironie

Chaque année, les américains engloutissent 114000 tonnes de pepperoni.

"Bonne surprise!" me direz vous. "Semblerait-il qu'il se soient mis aux légumes!"

Sauf que le pepperoni est tout sauf un légume. L’appellation s'est vu assaisonnée d'une lettre bonus par rapport à son homonyme italien. Un "P"  qui lui donne une saveur américaine particulière (un peu comme si on renommait un italien s'appelant Pacioretti en Pacioretty pour que ça passe mieux). Il ne s'agit pas d'un poivron mais d'une saucisse épicée. Je l'ai appris à mes dépends (et ceux de la cellulite de mes cuisses).

Et oui mes chers, aux Amériques, le pepperoni, c'est du salame piccante. Le genre de salame qu'on pourrait acheter dans le sud de l'Italie. Bien gras, bien salé, avec une belle couleur rouge vif (ça fait trois points commun avec MacDo). Ça explique peut être pourquoi les américains l'ont si vite adopté et en ont fait le topping phare de leurs pizzas. On le retrouve sur plus d'un tier des pizzas vendues sur le nouveau continent. C'est assez rigolo parce ça me parait assez rare que quelqu'un commande une pizza salami en Europe. C'est d'ailleurs plutôt considéré comme un acte iconoclaste, au même titre que de se faire péter la pense avec une pizza rebloch' ou une norvégienne au saumon fumé. Anyway....

On a beau contester les qualités nutritives et gustatives de la pizza pepperoni, elle n'en reste pas moins le symbole d'un certain melting pot. Au début du vingtième siècle des dizaines de milliers d'italiens du Mizzogiorno (le midi de l'Italie) immigrent outre Atlantique fuyant les mauvaises conditions de vie de leur pays. Ils viennent s'installer dans les grandes villes nord-américaines où, d'ailleurs, ils ne trouvent pas forcément des conditions meilleures. Mais les italiens sont entreprenants et, malgré les difficultés politiques et économiques, ils parviennent peu à peu à s'intégrer. Ils développent toutes sortes de business (a des degrés variés d’illégalité) et imprègnent le pays de leur incroyable culture gastronomique. Aujourd'hui, je veux bien parier que Boston est plus connue internationalement pour ses pizzas (La fameuse enseigne Boston Pizza) que pour être le berceau de l'Amérique des premiers colons!

Bref, tout ça pour dire que la pizza pepperoni c'est un peu comme le Manneken pis: dégueu mais très symbolique. Alors que personne n'y touche! Be careful! Hot Content.


samedi 7 mars 2015

8 petites affaires qui font que Montréal en hiver c'est vraiment NAÏSSE

"Montréal, t'es tellement froide qu'y a un ours polaire dans l'autobus!" Un ours polaire ça vaut le coup d'oeil, quand même. Il prend peut être un peu trop de place sur la banquette, mais au moins ça tient chaud. Les billets sont pas chers pour venir et puis, c'est la saison parfaite pour la poutine.

8 trucs que j'aime bien ici en hiver et qui vont me manquer en rentrant.

1. Le crissement de la neige fraiche sous les bottes en rentrant de l'école "Scouic...scouic..."



2. Les jeux de lumière des rayons du soleil sur les vapeurs montantes de la ville au petit matin "Fiuuuuuuhh... "



3. Les commissions en pyjama (avec le pantalon de ski par dessus on y voit que du feu). "clicketi, click"


4. La beauté surprenante de la cristallisation d'eau sur les vitres "crackl...crackl"



5. L'igloofest et la Nuit Blanche "boum tchiki boum tchiki boum tza"



6. La grâce et le savoir-vivre des joueurs de hockey "Ééééé Sblam!"




7. Le patin tout seuls à 10h le soir juste avant qu'ils éteignent les lumières communales "Sssfuitttttt..."




8. Une petite vanille française du Tim Hortons après une session de ski cryogénique "Sflurp!"




jeudi 18 septembre 2014

La playlist de Septembre

Un peu de musique en préambule au ballet des feuilles mortes.


C'est la rentrée! À écouter sur le chemin des écoliers :  Could it be another Change - The Samples
                                                                                        Hawkmoth - Plaid

Et un petit classique pour revenir de l'école: Heroes - David Bowie

Au programme du McGill Choir cette année, les dances polovtsiennes de Borodine.
Très beau! Concert prévu fin Novembre.

Un un peu de musique du pays du soleil levant pour oublier que ce dernier se couche de plus en plus tôt ces jours-ci: Tekkon kinkreet soundtrack.

mercredi 23 juillet 2014

Le sang des morts et le rire des assassins

Nous voici enfin face à l'aube de la bonne nouvelle: The Dawn of Glad Tidings ou The Dawn comme se plaisent à l'appeler ces fervents utilisateurs est une application novatrice conçue pour le réseau social Twitter par les combattants de l'EIIL: l'Etat Islamique en Irak et au Levant. 
 
Elle permet aux jihadistes d'utiliser de façon très simple les comptes Twitter des utilisateurs pour diffuser, de manière temporisée et semi-aléatoire, messages, photos et vidéos de propagande dans l'objectif de recruter. C'est futé car non seulement cela permet de propager la "bonne" parole de l'EIIL sans pour autant que ces publications soient considérées par Twitter comme du spam mais  aussi, et surtout, cela leurs assure une large visibilité car, qui dit publication,  dit hashtags et qui dit hashtags dit contagion virale. Exemple du 6 juin dernier: 40000 tweets s'abattent sur la toile lorsque l'EI prend Mossoul. Sachant que chaque tweet est en moyenne relayé 72 fois, je vous laisse calculer la portée de ce vent mauvais. Affolant!

Autre arène, même combat. Sur Youtube cette fois: les vidéos de propagande du groupe effacées des centaines de fois, réussissent toujours à refaire surface. Vous avez aimé la dernière saison de Game of Thrones? Vous adorerez le quatrième opus du Choc des Épées. Gloire, vengeance, honneur, cruauté, poussière et hémoglobine à volonté. Le tout filmé en mode Call of Duty : contraste accentués et caméra d'épaule. On notera l’intéressante similitude entre le plan aérien au dessus de la ville (des ruines?) de Faloudja et les images du film  américain Zero Dark Thirty... Pas sûre que chez Phanthom et GoPro ils apprécient l'utilisation que l'on fait de leurs drones de plaisance. Business is business. 
ISIS (in English) = EIIL (en Français)


"Personne ne sait ce qu'est un massacre. On ne raconte que le sang des morts, jamais le rire des assassins" a écrit l'ancien grand reporter de Libé, Sorj Chalendon dans ce vraiment bon bouquin sur la guerre au Liban que je vous recommande: "Le quatrième mur". Il me semble aujourd'hui que cette phrase appartient à une autre époque, celle où l'image de guerre était d'avantage colportée par les reporters sur le terrain que par ceux même qui perpètrent les crimes. Aujourd'hui, la facilité de diffusion de l'image a changé la donne. La mise en scène intelligemment orchestrée des actes fait partie intégrante de la stratégie de communication de ces groupuscules (comme de n'importe quelle organisation politique actuelle d'ailleurs). Elle atteste de la capacité de ces organisations, par le passé considérées comme obscurantistes, de s'adapter et de tirer profit des stratégies modernes de communication pour servir leurs causes.
La communication moderne apporte aussi son lot d'écueils. Sur Facebook, deux jihadistes, un peu écervelés (pour ne pas dire lobotomisés) s'envoient des messages en public pour se donner rendez-vous sur une terrasse de Bagdad (pour boire du thé et admirer les beaux niqabs qui passent dans la rue). Une aubaine pour Obama qui ajuste son angle de tir mais ne pèse pas sur la gâchette. On dirait bien qu'une tâche de pétrole obstrue son viseur. La prochaine fois, il les aura, Inch'Allah...


C'est vendredi 18 juillet. Le vendredi est le jour de la semaine ou je suis particulièrement peu rentable, pour la bonne et simple raison que mes chers collègues se croient toujours obligés d'avancer le week-end de 4 heures...  Ajoutez à cela le fait que ce jour là était celui de mon anniversaire et vous comprenez que je n'ai strictement rien foutu en ce vendredi 18 juillet. Je regarde ma montre. Il est 13h30. Benitto et Bixente (prénoms d'emprunt) s'entretiennent de vive voix sur un sujet n'ayant rien à voir avec le lieu de leur conversation, à savoir le bureau du département de physique, que nous partageons.  "Il y en a qui veulent bosser ici, bon sang! Fermez là!" Tentant de calmer mes accès maladifs de misanthropie, je décide de faire un petit tour du net, à l'affut de quelque actualité qui puisse me changer les idées.
C'est là que par un hasard malheureux, je tombe sur cette fameuse vidéo où l'on voit en live le bombardement des quelques gamins palestiniens sur une plage de Gaza. Rien de tel pour se rafraîchir les idées que de constater les dégâts qu'un missile israélien peut faire sur le corps de petits humains. Rien de mieux, pour oublier ma pauvre condition que d'entendre le râle de cette mère qui cherche la dépouille de son fils dans le sable. Rien de plus pertinent pour accompagner mon café, que le chaos et le cri de cet homme qui filme cet appel aux secours au moyen de son téléphone portable. Je réalise à quel point nous somme partie intégrante de ce jeu là. Filmer les corps de ses gamins, c'est une torture. C'est surtout une grave profanation. Cet homme l'a fait malgré tout.  Pensez vous... aucun reporter ne se trouvait là pour couvrir la scène. Il l'a fait car il en avait les moyens et qu'il savait qui décide dans ce monde.  En s'improvisant journaliste et en balançant cette vidéo sur le net, il espérait trouver quelque allié de poids à l'autre bout de la planète.

Il en a trouvé des centaines de milliers: partout dans le monde (sauf en Corée du Nord...), les gens sortent dans les rues, pour tenter de secouer ceux qui ont les moyens de prendre des décisions. Nombreux aussi sont ceux qui témoignent, souvent de façon très personnelle, de la nécessité de cesser les affrontements.



À l'heure où j'écris, l'ONU vient d'adopter une résolution qui condamne, je cite " les violations généralisées, systématiques et flagrantes des droits de l'Homme [...] découlant des opérations militaires israéliennes [...] en particulier la dernière offensive qui a impliqué des attaques sans discrimination et disproportionnées [...], qui peuvent constituer des crimes internationaux". Une commission d'enquête indépendante internationale va être envoyée fissa fissa pour enquêter sur ces violations. Les enquêteurs sont invités à dresser une liste des violations et des crimes perpétrés et à identifier ceux qui en sont responsables en vue de les juger et de mettre fin à l'impunité.

Jamais les représentations n'ont eu impact si large et fédérateur que depuis l’avènement des technologies d'information de masse. Jamais dans l'histoire, l'être humain n'a consacré autant de temps à polir et formater l'image qu'il souhaite donner de sa personne et de ses convictions. Très logiquement, nous ne nous sommes jamais senti aussi laids et insatisfaits de notre propre reflet dans le miroir...

mardi 15 avril 2014

Indignez-vous !

"Indignez-vous ! C'est un vieux monsieur qui vous parle, brandissant son étoile, entendez-vous?"
Jolies paroles d'une chanson d'un groupe lillois en hommage à Stéphane Hessel écrivain et politique franco-allemand mort il y a un peu plus d'un an et que notre génération connait d'avantage pour son manifeste "Indignez-vous!" que pour son rôle dans la seconde guerre mondiale. "La pire des attitudes est l'indifférence" nous rappelait celui qui, fort de son expérience de vie hors du commun, s'est engagé tout au long de sa vie en faveur des droits de l'homme et du droit à la dignité, celui qui a milité pour l'Europe en faveur de la protection de l'environnement et qui, toujours, a considéré le brassage des cultures comme une richesse.

Québec, toi qui te revendiques comme l'enfant de la vieille révolutionnaire, je peine à distinguer ton étoile. Est-elle à ta boutonnière cousue, comme un de ces carrés rouges contestataires ou bien vole-t-elle si haut dans le ciel que tu ne puisses t'en saisir ? 

Québec, lorsque tu décimes tes forêts boréales, te souviens-tu du reflet des étoiles sur tes lacs et dans les yeux des premières nations de cette terre ? Cette terre, si vaste et majestueuse que lentement tu empoisonnes au nom de ton porte-feuille... Un québecois produit en moyenne 15% de déchets ménagers de plus qu'un américain. C'est scandaleux. Mais c'est 15% plus scandalisant encore, d'apprendre que ces déchets ne seront jamais retraités. L'ensevelissement est ici monnaie courante. Une poignée d'entreprises privées se partage le juteux marché de la gestion des matières résiduelles. Alors que l'industrie du recyclage bat de l'aile, le contribuable paie le prix fort pour faire transporter dans des dépotoirs inadaptés les montagnes de déchets produits chaque année. Des montagnes sur lesquelles ont pourra bientôt skier si l'on en juge par le manque de courage des politiques à traiter le problème. Tandis que les soucis s'amoncellent, personne ne bouge un orteil. Québec, tu restes muet. Ne sais-tu pas que pour sauver sa vie, il faut parfois se départir d'un peu de sa bourse ?



Québec tu es grand et tu as la folie des grandeurs. Le frigidaire d'un québecois consomme dix fois plus que celui d'un européen, son lave-linge et sa chasse d'eau utilisent trois fois plus d'eau, il emploie deux fois plus d'électricité pour chauffer sa maison qui a plus de courants d'air que la hutte de la Baba Yaga... Des ressources tu en as tellement que tu en oublies leur valeur. Québec, indigne toi avant que le train ne soit passé. Il faut changer tes habitudes avant qu'il ne t'en coûte trop.


Québec, tu construis de grands édifices pour relier tes terres entre elles et pour te rapprocher un peu plus de tes étoiles. Mais tes constructions sont des châteaux de cartes pensés par des politiques et des ingénieurs si vils qu'ils se mettent des briques dans les poches en vendant du vent. Chaque fois que j'emprunte le pont Champlain, je retiens mon souffle. La nouvelle poutre installée en novembre dernier suffira-t-elle a supporter le poids de la bêtise humaine ? On nous annonce cette semaine que le bâtiment d'ingénierie en face du notre à McGill va être entièrement réhabilité. Pourtant, cette bâtisse est récente. Elle date de 1994. Mais elle est déjà bien usée. Des pierres tombent de la façade sous l'effet du gel et de la pluie. On me dit que c'est chose courante icitte, que l'université mandate des incapables pour construire de la scrap à prix d'or. On me dit que la commission Charbonneau est là pour nettoyer tout ça. Comment avons nous pu en arriver là ? Québec, ne regrettes-tu pas de ne pas avoir levé le petit doigts un peu plus tôt ? Ne crois-tu pas que si, comme Hessel, tu avais crié ton indignation, tu aurais pu épargner la vie de ces 5 personnes mortent dans l'effondrement du viaduc de la Concorde ?



Québec, as tu perdu le nord ? Là haut sur ton territoire, des autochtones vivent comme des chiens. Ils n'ont rien, leurs enfants ne sont pas tous scolarisés (c'est toujours mieux que d'être envoyés de force dans des écoles catholiques, comme autrefois prescrit par Duplessis). Tu expédies les hommes au travail dans des mines à des centaines de kilomètres de leur village. Il ne voit plus leur famille. Ils boivent et ils s'achètent des filles pour oublier, laissant leur femme dans la misère. C'est ça ton plan ? Québec, comment est ce possible qu'après un siècle, on n'ait pas avancé d'un millimètre ? Comment est-ce possible que tu manques à ce point de respect à toute une tranche de ta population ?  Pourquoi y a-t-il tant d'inertie devant un problème de cette envergure ? Rien ne peu justifier de porter atteinte à la dignité d'un homme. Pourquoi restes-tu si placide ?


Québec, tu fais partie du Canada. Ça pour t'indigner, ça t'indignes. On t'entend crier à tout va: "De ces anglos, on en veut pas!", "De leur culture, on s'en crisse!", "Leur argent vient du pétrole sale!". Mais regarde toi dans la glace une minute, et ensuite on en rediscute.

mardi 11 mars 2014

Quoi de neuf, docteur?


Le mois dernier, la Suisse qui compte les trois universités les plus internationales du Monde selon le Times Higher Education s'est tiré une balle dans le pied en remettant en cause par le vote la libre circulation des personnes, comme si les montagnes ne suffisaient plus à juguler l'invasion barbare.

Ici, on s'interroge. Mais où diable a bien pu passer le bon sens helvète qui a fait de ce petit pays un territoire si attractif, un si petit pays qui a su se nourrir de ses influences diverses pour devenir un centre névralgique en matière de recherche et d'innovation ?

Loin devant la France et le Canada, la Suisse est le pays de l'OCDE qui compte le plus de doctorants en pourcentage de sa population. Quasiment la moitié de ces doctorants sont des ressortissants étrangers : des étudiants qualifiés, motivés, débordants d'idées. Mais voilà qu'un groupe de paysans, mus par la peur, s'en vient leur casser les ailes à coup de fourche.

Alors quoi de neuf pour les futurs docteurs, de Suisse et d'ailleurs?  Pour sûr, la vie est dure pour les cerveaux en maturation. On est d'accord d'y laisser des plumes, mais, s'il vous plaît, ne nous brisez pas les ailes. Car il en faut des ailes solides pour survoler ces montagnes d'articles à lire et ces territoires inconnus bordés d'équations insalubres, pour traverser ces océans de questionnement profonds dans l'espoir d'atteindre enfin les hautes sphères académiques.

Source: OCDE. Regards sur l’éducation 2013

Ceux que je rencontre et à qui je pose la question d'où leur vient un tel élan me répondent en souriant : "Je suis probablement suffisamment fou!". Les questions d'argent paraissent sûrement bien futiles pour ceux qui survolent le monde de leurs yeux brillants de physiciens.

ET POURTANT, mon ami Bertrand qui termine ces jours-ci son doctorat avec élégance et brio à McGill, s'en va butiner ailleurs, sous de meilleurs auspices. Ras le bol de la Physique!
Pour info, Bert travaille maintenant à effectuer de l'analyse de données pour une boîte web qui se spécialise dans les sites à haut trafic (pas besoin de vous faire un dessin pour que vous compreniez de quel genre de sites web il s'agit)


Ras le bol des soirées et week-ends sacrifiés devant un code python, loin de ces amis et de sa famille? 

Nous autres physiciens avons certes un fâcheux penchant pour l'introspection. À en croire les statistiques de l'OFS, le doctorat n'arrange rien. Parmi tous les doctorants, les physiciens sont ceux qui travaillent le plus (plus que 40 heures par semaine en moyenne), et dont la myopie ne cesse, de fait, de s'aggraver à un point tel qu'ils ne sont même plus capables de distinguer les étoiles des gyrophares des ambulances.


Ras le bol de ne pas être reconnu à sa juste valeur après plus de 8 ans d'études? 

Il est vrai que les doctorants sont globalement sous payés comparativement à leur degré de qualification (Au Québec, cela tourne autour de 17000 $ par an si on retranche les frais d'études et que l'on prend en compte les revenu liés à l'assistanat d'enseignement, facultatif. Comparé à certains amis qui travaillent à Montréal dans la fonction publique et gagnent le triple, ça vous fait vite redescendre sur terre!). Il en va de même pour les post-docs qui sont bien loin d'être satisfaits de leur condition, comme en témoigne ce portrait réalisé par Radio Canada l'année dernière.



Ras le bol de n'être finalement qu'un petit pion trop facilement mangé sur l’échiquier académique ?

Même en usant de fines stratégies il est toujours aussi (si ce n'est plus) difficile de décrocher une place de chargé de recherche et de professeur à l'université. Au Québec, à peine 20% des chercheurs qui terminent un doctorat arrivent à trouver un poste dans le secteur académique. Un bien piètre ratio lorsque l'on pense à l'énergie investie durant toutes ces années.

Alors que faire pour décoller quand même sans y laisser trop de plumes ?

C'est la question que je me pose en tant que digne dindon de la farce. Prenons le problème à la racine. Les chercheurs sont essentiels à toute société. Outre le fait d'apporter des réponses aux grandes questions que chacun veut bien se poser (lançons nous des fleurs!), ce sont eux qui sont capables de remettre en cause ce que l'on tient pour acquis pour bâtir de nouvelles pensées et proposer des alternatives novatrices pour le développement de la société. Ils sont ceux qui génèrent et encouragent l'innovation.

Pourtant dans la tête des gens, l'image de la recherche reste bien trop souvent associée aux portraits empoussiérés d'Einstein ou de Pasteur. Aujourd'hui, j'ai conversé avec la responsable de la commission scientifique de la Conférence de Élus de Montréal, sur un projet que nous avons en cours à propos de la réalisation de capsule vidéo scientifiques. Elle me disait littéralement "Les élèves du secondaires se plaignent  de n'entendre jamais parler de physique moderne à l'école. Einstein c'est du réchauffé, on veut leur montrer de vrais physiciens en action." C'est probable que si l'image des chercheurs évoluait ne serait ce qu'un peu dans la tête des gens, à commencer par les jeunes, cela changerait pas mal de choses dans notre vie à nous. Pour financer la recherche, il faut bien que ceux qui ont été élus pour posséder l'argent et en faire bon usage décident de nous aider.

Retroussons donc les manches et montrons leurs qu'on en vaut la peine !



 Savoir vendre la Science:

Ne nous leurrons pas, le principal objectif d'un chercheur est avant tout de mettre sa recherche en valeur pour que ceux qui ont les moyens de la financer débloquent les fonds en sa faveur. Au final, je dirais que plus la carrière d'un chercheur avance, plus la proportion de temps qu'il passe à vendre l'image de son labo est grande. Cela peut paraître dommage qu'il ne passe pas plus de temps à faire de la recherche à proprement parler mais, parait-il que c'est comme cela que le monde tourne. Après tout, un laboratoire c'est une équipe qui travaille sur des projets avec un budget serré et des échéances à plus ou moins long terme. Tout cela ressemble grandement à la définition d'une entreprise sauf que ce n'est absolument pas lucratif à première vue (bien que cela puisse le devenir en admettant que les découvertes participent à l'innovation... ce qui arrive très souvent, même en physique des particules : "Les gars, c'est qui qui a inventé l'internet déjà, hein ???"). S'il veut espérer faire la découverte du siècle (et bénéficier des retombées économiques associées), un membre de faculté a donc tout intérêt à bien connaître les rouages du financement académique et à avoir un bon sens politique.

Ceci m'amène à discuter l'impact que peuvent avoir les aspects politiques et sociaux en général sur la façon dont la Science est perçue par nos dirigeants et par Monsieur Y Madame X.
Si on digresse méchamment,  rappelez-vous en 2001, quand Crunch a lancé Norman fait des vidéos. Non seulement c'était drôle, parce que Norman Thavaud, c'est un gaillard drôle par défaut, mais en plus c'était simple et révolutionnaire: c'était la première fois qu'on voyait ce genre de format de divertissement court, percutant et viral. Je sais pas combien d'argent Crunch a réussi à faire avec ça mais c'était en tout cas suffisamment intéressant pour que d'autres reprennent l'idée (comme Tip-Ex avec ses vidéos interactives : avouez ce que vous avez fait faire à l'ours! )
Certains petits futés comme Henry Reich de Minute Physics, Michael Stevens de VSauce et Derek Muller de Veritasium ont surfé sur la vague et utilisé ce format de court(e)s vidéos comme outil pour expliquer des concepts scientifiques. C'est drôle, intéressant et ça s'inscrit parfaitement dans la dynamique moderne de consommation de l'information. Ça donne une image clinquante et funky de la Science et des scientifiques (car ces gars là sont de vrais scientifiques qui font de vraies thèses en plus de faire de la vulgarisation) et c'est plutôt bon pour le look et pour le cerveau.

Il existe bien d'autres moyens encore de rendre aux Sciences tout l'attrait qu'elles méritent et pour ceux comme moi qui s'y intéressent, cela peut probablement devenir un(e) job à part entière que de s'occuper de redorer le blason et d'attiser la curiosité de chacun. Le moins qu'on puisse dire c'est que ça va dans le sens du vent. Et c'est bien mieux d'être ami avec le vent dès il s'agit de décoller.




vendredi 3 janvier 2014

Meilleurs vœux !

Que du bonheur à tous mes lecteurs !
Vous êtes beaucoup à me lire, peu à passer par chez nous. 
N'hésitez plus! Vous ne serez pas déçus :

Les ratons sortiront de leur terrier pour vous accueillir et viendront vous servir le café matinal sur une des jolies terrasses du Plateau. Vous passerez un après-midi de hipster sur les bords du canal de Lachine. La nuit venue, vous irez chatouiller vos papilles et vous rapprocher un peu plus du créateur à la micro-brasserie Dieu-du-Ciel. Quand poindra le jour, la sauce barbecue coulera à flot sur vos poutines fumantes et sur le chemin vers votre polochon en plumes d'oie du Canada, vous verrez les tours illuminées de la ville voler la vedette aux étoiles ;)


vendredi 22 novembre 2013

The White Spirit

Tous mes tableaux sont maintenant répertoriés dans l'onglet Galerie ! Et pour ceux qui préfèrent la lecture, je vous fais savoir que j'ai remplacé mes stylos (aka mon clavier) par mes pinceaux (pour ceux qui cherchent des idées de cadeaux de Noël utiles).

D'autre part, pour ceux qui veulent savoir si je vends mes tableaux, la réponse est NON. Je les donne en échange de petits services: livraison de café, de chocolat, de fromages, massage...


mardi 5 novembre 2013